Le chargé de la communication au ministère de l’Education nationale parle, lui, d’un manque de 15 000 postes budgétaires ; les
besoins se chiffrent à 10 000 enseignants et 5000 encadreurs administratifs. Les responsables du ministère accusent la Fonction publique de ne pas jouer le jeu. Les concours de recrutement, qui
auraient dû avoir lieu en mai dernier, ont été reportés à octobre prochain, pénalisant ainsi les élèves qui devront attendre plusieurs semaines pour débuter les cours. Un déficit qui vient
compliquer davantage la crise de l’encadrement pédagogique que connaît le secteur depuis des années. De l’avis de beaucoup d’experts, « un nombre important d’enseignants souffrent d’un
manque flagrant de niveau ». Même si le ministère en a pris conscience, il reste que les recommandations de la commission Benzaghou – s’agissant de la mise à niveau et du recyclage
permanent du corps enseignant – ne sont pas prise très au sérieux.
Toujours au plan pédagogique, les spécialistes mettent en cause les méthodes d’enseignement. « On fait dans le bourrage de
crâne. Nous formons des médiocres car nous n’avons jamais mis l’élève au centre de tous les débats. Ils peuvent nous raconter toutes les histoires qu’ils veulent, l’école algérienne est
sinistrée », assure un ancien conseiller au ministère de l’Education. La politique prend le pas sur les choix adoptés par l’éducation nationale. Prenons l’exemple de l’introduction des
langues étrangères dès les premières années de scolarité. Cette autre recommandation de la commission Benzaghou bute sur des résistances qui ont la peau dure dans les cercles décisionnels.
Certains experts parlent de veto opposé par le président de la République qui a cédé aux pressions des conservateurs. Pourtant, les recherches montrent que
l’apprentissage précoce d’une langue étrangère en milieu scolaire devient nécessaire, car il favorise l’acquisition du langage, le développement cognitif en général et les autres
apprentissages. Ainsi les décideurs, semble-t-il, veulent que l’école demeure cet appareil idéologique de l’Etat, qui ne doit servir qu’à reproduire le discours dominant. Pas question
d’inculquer à l’enfant algérien un esprit d’analyse et de synthèse et donc un esprit critique. Tout le monde le pense tout bas dans les institutions de l’Etat elles mêmes où les cadres de
l’éducation reconnaissent l’échec des réformes.
Le front social, même si le ministère tente de calmer les esprits et de rassurer en avançant la réalisation de nouvelles
infrastructures, n’est pas près de se calmer. Les syndicats promettent une rentrée chaude et observent d’ailleurs une journée de contestation aujourd’hui même : le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) bat le rappel de ses troupes est appelle au boycott de la rentrée ; les adjoints de
l’éducation font de même ; les autres syndicats autonomes se mettront certainement de la partie. Un avertissement qui donne un avant-goût de ce que va être l’année scolaire 2009-2010. De
l’avis des différents syndicats, cette année, l’école sera rythmée au cycle des grèves et des protestations. Tous les ingrédients d’une rentrée mouvementée sont réunis, a assuré le
coordonnateur du Cnapest, Nouar Larbi. « La rentrée s’annonce mal. Elle sera marquée par une détérioration du niveau de vie des enseignants », poursuit-il. Même impression chez les
syndicalistes du CLA dont le premier responsable, Mohamed Boukheta, ne cache pas son pessimisme quant à la manière avec laquelle les affaires sont gérées, en disant : « Nous avons
l’impression que l’on ne prend pas les choses très au sérieux. Des décisions sont prises à la hâte, sans consultation ni réflexion préalables. Prenons la question du nouveau week-end. Il est
irrationnel de consacrer deux jours et demi de repos par semaine sous prétexte que le vendredi est sacré. Alors qu’on pourrait bien ouvrir les écoles les
matinées du vendredi, sachant que rien ne dit que cette journée est sacrée. Le mieux aurait été d’alléger les journées de travail. On fait dans la démagogie. »
Du côté de l’Unpef, on ne peut qu’être d’accord avec ce constat. Son porte-parole, Messaoud Amraoui, estime que « la rentrée
sera dure pour les élèves, leurs parents et pour nous, les enseignants, même si le ministère tente de fournir un effort pour améliorer les choses, mais cela reste insignifiant par rapport aux
multiples problèmes dans lesquels se débat le secteur ». En somme, M. Benbouzid, qui veille aux destinées des enfants algériens pour la onzième année, annoncera aujourd’hui, sans
doute, une rentrée en grande pompe, s’obstinant à ne pas voir ni affronter cette réalité désastreuse.
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